Le Ceven’Trail 2026 : L’Ultra du Bout du Cirque

100km - 4900D+

Introduction

2025, l’année où je décide d’explorer les longs formats. En février 2025, je réalise mon premier 100 km : le Poon Tour (lire l’article : ici). Une course atypique, en totale autonomie, en binôme (heureusement), à travers l’île de La Réunion. On apprend notre participation deux semaines avant, résultat : une prépa pas du tout optimale, et je souffre énormément sur cette course. Je rencontre quasiment tous les problèmes possibles : j’explose musculairement, j’ai le bide en vrac et je m’arrête de nombreuses fois pour tout évacuer, j’ai d’énormes irritations aux parties intimes (glamour), et j’ai même des hallucinations. Sympa comme premier 100 km.

Est-ce que ça me dégoûte pour autant ? Non. Je suis heureuse d’avoir traversé une grande partie de cette magnifique île, sur une course très exigeante de par ses conditions. Cette course n’était de base pas un objectif en 2025.

La course de l’année, c’était la Maxi Race 2025 (lire l’article : ici), mon deuxième 100 km. Et en un mot : incroyable. Je n’ai jamais vécu une course aussi pleinement que celle-ci, et je n’ai jamais pris autant de plaisir. Le bonheur à l’état pur.

Et c’est après cette course que j’ai su : j’aime ça. J’aime les longs formats, et je veux en faire encore plus.

D’autres dossards ont rythmé mon année 2025, et l’envie de construire une saison 2026 autour de l’ultra s’est vite confirmée : je veux passer des heures sur les sentiers, voir du paysage, prendre du plaisir, voir jusqu’où mon corps et ma tête sont capables d’aller, et vivre ces émotions un peu folles.

C’est ainsi qu’est vite apparu le Ceven’Trail, une course à laquelle mon copain avait participé trois ans auparavant et dont j’avais déjà entendu parler plusieurs fois. Lui voulait y retourner pour voir son évolution. Moi, avec mon envie de découvrir un nouvel endroit, j’ai vite accepté, et me voilà embarquée dans cette aventure.

Le but de prendre ce dossard tôt dans l’année était de construire une saison logique. Ayant déjà mon dossard pour le Lavaredo 120 km fin juin, je voulais faire un long format avant. J’hésitais au départ entre le 70 et le 100 km du Ceven’Trail.

Mon copain s’alignant sur le 100 km, j’ai vite fait mon choix. Et en plus de ça, un ami, Baptiste, voulait aussi s’inscrire sur cette distance. Autant dire que la décision a été rapide.

Ma préparation

Le Ceven’Trail a lieu le premier week-end de mars, cette année le 7 mars 2026. Ce qui est finalement assez tôt dans la saison. Le plus dur, c’est donc de préparer une longue course en hiver, là où la pluie, la neige et le froid sont les plus présents.

En début de préparation, je voulais travailler ma vitesse à plat. Je le répète souvent : faire de la longue distance, ce n’est pas seulement faire du volume. C’est aussi travailler tout ce qu’il y a autour, et la vitesse en fait partie. Cela permet de développer son VO2max (le moteur), son économie de course, et sa capacité à être plus endurant à des vitesses inférieures. Bref, que des points positifs.

Pour travailler cet aspect, j’ai pris un dossard sur 10 km route. Une bonne excuse pour m’y mettre. Et oui, ce 10 km était déjà intégré dans l’objectif de préparer mon 100 km. (Vous retrouverez toutes les informations sur ma préparation 10 km dans cet article : ici.)

Après ce travail à plat, l’objectif était de réaugmenter mon volume pour atteindre un pic autour de 100 km et 4500 m de D+ entre 3 et 6 semaines avant la course (soit un volume proche de celui de la course). Tout cela de manière progressive, en cohérence avec ce que j’ai l’habitude de faire.

En temps normal, je tourne autour de 60 à 80 km par semaine avec 2000 à 3000 m de D+. L’objectif à long terme est d’augmenter tout ça, mais toujours de manière logique et progressive.

Voici donc ma courbe d’entraînement de début janvier à aujourd’hui (10 jours après la course) :

Pour évaluer ma forme pendant la préparation, j’ai décidé de prendre un dossard sur un 50 km : le Trail du Golloix (lien de l’article : ici). Cette course avait lieu 5 semaines avant le Ceven’Trail, donc parfaitement placée dans la prépa. Le but était simple : courir avec la forme du moment et donner ce que je pouvais.
Résultat : une course qui s’est très, très bien passée et qui m’a rassurée sur mon état de forme.

La semaine précédente, j’avais fait un gros pic d’entraînement (100 km – 4100 m D+). La semaine suivante était dédiée à la récupération : repos, puis reprise une fois les courbatures passées. Résultat, une semaine plus légère, avec un volume logiquement plus bas. On ne l’oublie pas : la récupération fait partie de l’entraînement. Si on récupère mal ou qu’on en fait trop, le risque de blessure augmente fortement.

Après cela, j’ai repris ma charge d’entraînement et continué à accumuler du volume.

Les deux semaines avant la course, j’ai commencé mon affûtage :

  • diminution du volume d’un tiers la première semaine
  • puis de deux tiers la seconde

La semaine de course était simple :

  • une sortie en début de semaine, à plat, en endurance fondamentale (environ 1 h)
  • une seconde sortie 3 jours avant la course, de 30 minutes, juste pour dérouler les jambes

Quelles étaient mes séances pendant cette prépa

Comme je l’explique souvent, j’applique le modèle d’entraînement polarisé : 80 à 90 % de mon volume en endurance fondamentale, et 10 à 20 % en intensité.

Après mon travail de vitesse à plat, j’ai principalement fait mes séances de fractionné en côte et sur sentier. C’est un travail très efficace pour développer l’explosivité – mon point faible, car j’ai un profil plus endurant qu’explosif (ce qui explique aussi mon attrait pour l’ultra).

Mes séances d’intensité se situaient majoritairement entre ma Vitesse Critique et ma VMA, ce que j’appelle la zone 3 (haute intensité).

J’ai seulement fait une ou deux séances à allure de compétition pour le 50 km, histoire de me préparer un minimum à ce format. Comme ce n’était pas un objectif principal, je n’ai pas axé le travail dessus.

Au total, je pouvais faire :

  • 2 séances d’intensité par semaine
  • 4 séances en endurance fondamentale

Et toutes ces séances se faisaient sur sentier, pour accumuler à la fois des kilomètres et du dénivelé.

Les données que je regarde à l’entraînement

  • Ma fréquence cardiaque, pour rester dans ma zone d’endurance fondamentale (en dessous de 141 bpm pour moi)
  • Mon allure pour les séances de fractionné à plat (sur piste)
  • Le dénivelé positif pour les séances en côte (je calcule le D+ à réaliser en fonction de la pente)

Pour toutes les questions sur les types de séances, le choix entre Vitesse Critique, VMA ou autres paramètres, je vous renvoie à mon ebook où tout est détaillé : LIEN.

La prépa s’est donc très bien déroulée : aucune blessure, aucune fracture mentale malgré la météo hivernale, et surtout beaucoup de plaisir du début à la fin.

Je termine cette préparation en étant confiante pour le jour J.

Plan de course

Avec mes différents indicateurs de performance (VMA, VC, VMAa, VCa), j’ai pu définir un temps de course fiable. Dans le développement de mon activité de coach, j’ai mis en place différents tests de terrain qui permettent de déterminer ces indicateurs. Ce travail m’a permis, avec mon copain qui est également coach et data scientist, de développer un prédicteur de course. J’utilise ces outils pour mes athlètes, mais aussi pour moi.

J’avoue ne pas aimer me faire mes propres plans de course, donc c’est mon copain qui s’en est chargé. De mon côté, je m’étais fixé comme objectif de me rapprocher des 15h, voire de passer en dessous. C’était ce qui me semblait le plus réaliste.

Le plan de course, établi à partir de mes indicateurs, donnait 14h15. Un chrono qui me paraissait très ambitieux, mais je l’ai quand même appris et noté sur mon dossard pour me repérer pendant la course. Mais je gardais en tête un objectif plus raisonnable : le sub 15h.

Récit de course

Quelques jours avant la course, nous nous rendons à Millau (à 1h15 du départ) pour passer quelques jours dans ma famille. On remarque vite que la météo est capricieuse. On regarde les prévisions pour le jour J : pluie, pluie et pluie. TOP.

La prépa hivernale sous le déluge aidera peut-être.

Le stress monte rapidement et je commence à redouter la météo. J’ai peur de ne prendre aucun plaisir à cause de ça. Ce que j’aime, c’est être sur les sentiers, voir du paysage, m’amuser. J’ai peur que la météo me mine le moral, que je ne profite de rien.

À ça s’ajoute un autre facteur : mes règles, censées tomber le week-end de course. Je n’ai jamais eu ça à gérer en compétition. J’espère les avoir après. Spoiler : je les ai eues 1h avant le départ.

Bref, moi qui n’étais pas stressée de base, je me retrouve (trop) stressée, et j’ai du mal à gérer. Je n’ai qu’une hâte : prendre le départ et arrêter de penser à tout ça.

Pour cette course, mon père et ma belle-mère sont venus nous voir. Je prévois un sac de ravitaillement, car ils comptent venir aux ravitos des km 55, 64, 81, 90 et à l’arrivée. Je planifie toute ma nutrition en fonction de ça, ainsi que des vêtements de rechange (vu la météo). Nous nous rendons au Vigan la veille pour récupérer les dossards et dormir quelques heures, départ à 4h = nuit très courte.

Samedi 7 mars – 2h30 :

Le sommeil n’a pas vraiment été au rendez-vous. J’ai plus somnolé que dormi, soyons honnête.
La pluie tombe fort dehors. On mange notre riz froid de la veille, avec Baptiste et Alex. L’ambiance est bonne, on rigole de la météo et on se rend au départ.

Km 0-15 :

Le départ se fait sous les notes d’un saxophoniste, sous la pluie. On est déjà trempés au moment de s’élancer, mais heureux d’être là.

Comme souvent, ça part vite. On ne s’est pas placés (toujours la flemme de se faufiler, et puis la course est longue), donc je ne joue jamais des coudes.

Les 3 premiers kilomètres sont sur route, légèrement descendants puis plats avant une première montée. Je perds rapidement Alex et Baptiste. Je pars plus vite qu’eux, mais je sais qu’Alex va me rattraper en montée. Pas d’inquiétude.

Baptiste, avec un plan en 15h30, part logiquement plus doucement. Alex (objectif 13h35), me rattrape comme prévu dans la première montée et me dépasse au bout de 40 minutes. On échange quelques mots avant qu’il ne s’envole.

Quelques bouchons arrivent dans la première descente. Je le revois au loin. Je ne force pas pour doubler : il pleut, la roche glisse, une fille vient de tomber, inutile de prendre des risques.

Je me retrouve seule assez vite. Je reste concentrée : il fait nuit, je ne veux ni tomber ni me perdre.

On traverse des villages où des gens nous encouragent malgré l’heure et la météo. Franchement, ça fait chaud au cœur.

Km 15-33 :

Premier ravitaillement à Saint-André de Majencoules. J’arrive avec 4 minutes d’avance (2h05). Je me sens bien, je ravitaille rapidement et repars.

Petite péripétie : je fais remplir ma flasque avec de l’eau pétillante sans faire attention, alors que je déteste ça. Bon, tant pis, je ferai avec. Manon, reste lucide stp.

Je repars de nuit et regarde où en sont les autres. Baptiste vient d’arriver au ravito juste après moi, il ne va pas tarder à me rattraper. Alex est quelques minutes devant.

Je passe ensuite une demi-heure derrière un groupe sans oser doubler, jusqu’à ce que je me décide enfin. Le jour se lève dans la montée vers la Toureille. Toujours sous la pluie. Trempée, et ça ne va pas s’arranger. La montée est raide mais passe bien. Je rattrape du monde, dont une femme. Petit moment “esprit compète” : je commence à compter les filles.

Au sommet : bénévoles et supporters déguisés. Incroyable ambiance. Ensuite, une descente roulante.

Un coureur me dit que ce n’est pas son jour. Ça me fait de la peine, on est qu’au km 20. Puis il me dit qu’une fille est juste devant. Moi : “oui oui la course est longue”. Deux secondes après : j’accélère pour aller la chercher. Manon compète est bien là. Je double encore une fille. 7ème, pas mal non ?

Km 33-55 :

Mandagout, deuxième ravitaillement (4h38). Direction les toilettes (coucou les règles). Je prends environ 10 minutes et repars pile dans mes temps.

Je repars avec une fille, qui a aussi ses règles. Voilà, une copine de galère. Je repars devant, en solitaire. Tout va bien, mais la météo commence à peser mentalement. Dans un village, je manque une balise et pars tout droit, erreur.
Résultat : demi-tour, ~1 km en trop, 7-8 minutes perdues. Ouvre les yeux Manon.

Je croise d’autres coureurs perdus aussi. On retrouve le bon chemin grâce à un coureur qui a la trace GPX sur sa montre : pratique. J’avertis une bénévole pour que les suivants ne se trompent pas non plus.

Je relance, et j’entends une voix : Baptiste. Il m’a rattrapée. La course solo devient une course en duo.

On avance bien ensemble. Je lui dis plusieurs fois de ne pas m’attendre et de faire son rythme car je le sens en très grande forme. Il refuse : le rythme lui convient.

Arrivée vers le km 50, gros coup de mou pour tous les deux. On avance en mode robot. On double la 5ème femme. Il me donne ma position et commence à scanner l’horizon.

Km 55-64 :

Arrigas, 8h04 de course. On retrouve ma famille, et ça me fait un bien fou. Ça me rebooste direct. J’avoue être dans un gros coup de mou depuis quelques kilomètres, surtout mentalement. Avec la météo, on avance tête baissée, sans rien voir autour, juste concentrés sur le fait d’avancer. Mais ça fait partie du jeu. Je fais un sport en pleine nature, donc il faut accepter les conditions. J’essaye de ne pas me plaindre : j’ai choisi d’être là, j’ai la chance de pouvoir faire ce sport, d’être en bonne santé, alors je prends ce qu’il y a à prendre.

Je prends une vingtaine de minutes au ravitaillement :

  • je me change de la tête aux pieds (être au sec, même temporairement, ça fait un bien fou)
  • je mange du solide (j’ai un creux depuis quelques heures que je n’arrive pas à combler avec ma nutrition)
  • et passage aux toilettes (oui, il faut changer le tampon)

Ma famille me rebooste vraiment. J’apprends qu’Alex va bien et qu’il est passé rapidement, ça me rassure.
Je dis plusieurs fois à Baptiste de ne pas m’attendre, mais il reste, et on repart ensemble.

Le moral revient. Une longue montée nous attend, et on croise Lionel, un coureur qui en est à sa 3e ou 4e participation. Il se cale avec nous, on discute, et la montée passe finalement assez vite.

Arrivés en haut, je regarde le D+ et me rends compte qu’on a déjà 200 m de plus que prévu, et toujours pas de ravito. J’ai hâte de le voir, surtout pour retrouver ma famille, mais j’ai l’impression qu’il n’arrive jamais.

Sur le plateau, les conditions sont horribles. Rafales de vent, pluie qui s’intensifie, visibilité quasi nulle, je commence à avoir très froid. Mentalement, ça devient dur. Je regarde Baptiste et Lionel : eux aussi sont dans le dur. Bon, au moins, c’est pareil pour tout le monde.

Km 64-81 :

On arrive enfin au ravitaillement (9h50) et je retrouve ma famille. Je leur dis que ça devient difficile : les conditions sont vraiment rudes, j’ai froid et je commence à avoir peur de l’hypothermie (oui, un peu drama queen, mais je n’ai jamais vécu ça aussi longtemps, et clairement, je me rends compte que mon équipement n’est pas à la hauteur).

On parle de ma position : je suis toujours 5e. Je demande l’écart avec la 4e, sans me rendre compte qu’elle est assise juste à côté de moi, sur le banc, et qu’elle repart quelques minutes avant moi. Mon père me le dit, et ça me remobilise direct.

Je fais un câlin à ma famille, avec les larmes aux yeux, et je repars, sans savoir que je ne les reverrai pas de la course (merci la voiture en panne).

On repart avec Baptiste, complètement frigorifiés. Je mets mes gants, trempés (donc pas hyper utiles), pendant que lui sort pantalon de pluie et gants imperméables. Voilà, confirmation : je suis mal équipée.

On entre ensuite dans le Cirque de Navacelles, la plus belle partie de la course. Juste avant, Baptiste me dit que la 4e est juste devant. On accélère, je la vois marcher, je garde mon rythme, je la dépasse, et je continue.

Juste avant d’entrer dans le cirque, mes parents devaient nous voir sur une route. Je ne les vois pas, ça m’étonne, mais je me dis qu’ils ont filé au ravito suivant pour ne pas rater Alex.

Et là, renaissance. La pluie s’arrête dans le cirque. On voit enfin un peu le paysage. Tout devient plus agréable.

On enchaîne 10 km de descente roulante, puis 5 km assez plats, avant une montée de 2,5 km / 500 D+. Les pieds sont détrempés, les chemins pleins d’eau, mais on avance bien. Je repense à ce qu’Alex m’avait dit : “Il y a 3 ans, ici j’étais mort alors que c’est plat. Si tu peux courir là, tu gagnes du temps.” On y arrive, et ça me rassure énormément sur notre état de forme physique.

À la sortie du cirque, je vais mieux. Plus de coup de mou, on avance bien. Je prévois de changer de chaussettes et remettre de la Nok au prochain ravito : les pieds sont trempés et les cuisses commencent à bien frotter.

Km 81-90 :

12h05 de course. Un peu en retard sur le plan de 14h15, mais avec 450 m de D+ en plus. On arrive au ravito, et là, pas de famille. Je m’inquiète instantanément. Je les appelle : panne de voiture. Je suis dégoûtée pour eux. Ils sont bloqués, sous la pluie, dans le froid, sans pouvoir suivre la course. Je sais à quel point ils avaient envie d’être là. Je les rassure sur ma forme et leur dis que je vais tout donner pour bien finir, pour eux aussi.

Je repars sans changer de chaussettes ni mettre de Nok (mon sac est dans la voiture, évidemment). Je mange un peu au ravito et on repart.

Section roulante. On est fatigués, mais on relance dès que possible. Dans la descente vers Bez, je prends les commandes. Mode automatique. Baptiste suit.

On fonctionne vraiment bien ensemble : chacun prend des relais, donne du rythme. Franchement, c’est un beau travail d’équipe. 

Km 90-101 :

Bez, dernier ravitaillement (13h21). On arrive entamés. Très entamés. J’ai clairement laissé des cartouches dans la descente précédente. Dernier passage aux toilettes, 5-10 minutes pour manger du solide (je n’en peux plus des purées et de la boisson d’effort). Le ventre est un peu en vrac aussi.

On repart. Pas en grande forme, mais avec un objectif : finir. Baptiste me dit qu’on peut passer sous les 15h. Ça nous motive. Je ne pense plus au podium. Personne ne m’en parle, donc j’imagine que les écarts sont trop importants. Et puis, je suis honnête : je suis trop fatiguée pour me faire vraiment mal. L’objectif, c’est avancer. Terminer.

Je discute avec un coureur dans la montée, on se soutient. Lui aussi est dans le dur. En haut de la dernière bosse, je me dis qu’il faut relancer. C’est la fin.
L’émotion monte. Je pense à ma famille, à mes proches, aux messages que j’ai vus en appelant mon père. Je suis heureuse. Heureuse d’avoir tenu, d’avoir repoussé mes limites, d’avoir vécu ça.

Et de voir qu’Alex a terminé, dans son chrono (oui car il termine quand nous on monte la dernière bosse), et que je vais le retrouver.

Je relance dans la descente, et là, énorme point de côté. Impossible de respirer correctement. Je marche, j’essaie de faire passer. Le corps est à bout. Baptiste m’aide avec la respiration, on repart doucement.

En bas, on pense que c’est fini. Mais non : 5 km. Top. Là, clairement, j’ai trouvé ça long mais on relance sur le plat, tant bien que mal. Ça paraît interminable. Mais on court tout du long.

Et enfin, l’arrivée.

Je craque instantanément. Je pleure. Je vois et j’entends Alex au loin. Il nous attend depuis 1h30, trempé. On franchit la ligne comme on l’a commencée : sous la pluie, presque de nuit (et sans frontale, petite victoire).

L’émotion est énorme. On a vécu une sacrée course avec Baptiste. Et je suis tellement heureuse de l’avoir fait, surtout dans ces conditions.

Résultat :

14h54
57e et 58e sur 350 coureurs
4e féminine

Fin :

C’est la première fois en 20 ans qu’il fait aussi mauvais sur le Ceven’Trail. On aura potentiellement connu les pires conditions sur cet événement, mais avec du recul, je suis contente de l’avoir vécu. J’aime ce sport parce qu’il se pratique en pleine nature, et la nature est, par définition, imprévisible. On fait avec le terrain, avec la météo, ça fait partie du jeu. S’en plaindre ne changera rien, et il faut dire qu’on est tous logés à la même enseigne.

Alors oui, j’ai trouvé cette course 10 fois plus dure que la Maxi Race. Mais elle m’a permis de franchir un cap mental, et j’en suis vraiment fière.

Faire 4e sur ce type de format, pour moi, c’est incroyable. Je ne pensais vraiment pas que c’était possible. Je suis fière du chemin parcouru et de la progression en à peine un an. Le travail, quand il est bien fait, finit toujours par payer, et là je le vois concrètement.

J’ai vécu des émotions folles pendant cette course, et je suis tellement reconnaissante que mon corps et ma tête me suivent dans ce genre d’aventure.

J’ai hâte de construire la suite, d’oser me confronter à plus grand, plus dur, plus impressionnant, parce que c’est exactement ce que j’aime.

Ces heures passées sur les sentiers me fascinent, m’émerveillent et me motivent chaque jour à aller m’entraîner. J’ai plein de projets, d’ambitions, d’envies.

Je n’ai qu’une hâte : découvrir des courses encore plus folles.

Podium pour la place de 1ère Senior Femme

La nutrition (avant et pendant)

L’avant-course :

Chaque avant-course est organisée de la même manière (sur les courses objectifs).

Au quotidien, j’ai une alimentation saine et équilibrée, avec de bons apports en glucides et en protéines.

La semaine précédant la course, j’augmente mon apport en glucides (en gros : pâtes ou riz à chaque repas) et je diminue les fibres (au revoir les légumes qui peuvent provoquer des troubles digestifs). À partir de J-3, je supprime complètement les légumes. Je limite aussi les matières grasses.

Concrètement, mes repas 2-3 jours avant la course : pâtes ou riz + poulet.

Et la veille ? Pâtes et poulet.

Et le matin du départ ? Pâtes et poulet.

Ça ne fait pas rêver, je sais. Moi-même, j’ai parfois du mal à manger ça à 2h30 du matin. Mais je préfère ça aux problèmes digestifs (même si, bon, ce n’était pas parfait non plus sur la course).

Cette stratégie me convient bien globalement : je n’ai jamais eu de gros soucis avec. En revanche, ce qui m’a parfois posé problème, c’est l’alimentation pendant la course.

Pendant la course :

J’avais prévu un apport d’environ 40 g de glucides par heure. Oui, c’est peu comparé aux recommandations qu’on entend (jusqu’à 90 g/h). Mais c’est un point que je travaille, et on ne le dit pas assez : 90 g/h, c’est énorme. Et ce n’est pas adapté à tout le monde.

J’augmente progressivement :

  • avant : 25-30 g/h
  • maintenant : 40 g/h à l’entraînement

Comme je n’avais jamais testé plus, je suis restée sur cette base.

Mais clairement, ce n’est pas encore suffisant pour moi :

  • sensation de faim
  • manque d’énergie
  • saturation alimentaire

Mon alimentation était majoritairement liquide / semi-liquide : boisson énergétique, purées, gels (très peu) et gommes.

J’ai eu quelques troubles digestifs, surtout en fin de course. Rien de dramatique, mais sur des formats plus longs, ça pourrait devenir problématique.

À partir du km 55, j’ai dû intégrer du solide via les ravitos pour combler la faim.

Conclusion : je dois intégrer davantage de solide sur ce type de format. Le tout liquide / semi-liquide ne me convient pas totalement.

Autre facteur : les règles. Je sais que ça joue sur mon transit, donc ça a probablement influencé aussi.

Objectif : continuer à travailler tout ça dans les prochains mois.

Ce que j’ai consommé :

  • 1 gel Ta
  • 2 paquets de gommes Ta
  • 3 purées Overstims
  • 5 purées Baouw
  • 5 boissons d’effort Overstims
  • Ravitaillements solides (salades de pâtes, quatre-quarts, Tuc, etc.)

Total estimé : environ 30-35 g/h (donc en dessous de mon objectif initial)

À partir du km 80, j’ai quasiment arrêté de consommer mes produits perso : saturation totale.

L’après-course / récupération

Je le dis et je le répète : la récupération fait partie de l’entraînement. Une mauvaise récupération, et c’est la blessure assurée.

Alors concrètement, qu’est-ce que je fais après une telle course ?

Je dors, je mange, je m’hydrate le plus possible.

Côté alimentation ? Je me fais plaisir. Je ne me restreins pas : je mange ce dont j’ai envie, que ce soit du gras, du sucre, ou autre. Le corps a tellement puisé qu’il faut lui redonner.

J’essaye aussi de bien dormir. Bon, la nuit qui suit la course est souvent catastrophique, c’est normal. Mais ce sont surtout les nuits suivantes qui comptent vraiment pour récupérer.

Quand reprendre la course à pied ?

Après la Maxi Race, j’avais fait une pause de 10 jours sans sport. À la reprise, j’avais une petite gêne au genou, au niveau de la patte d’oie. Résultat : 7 à 8 jours supplémentaires sans sport, puis une reprise très, très progressive.

Pour cette course, je m’étais dit que je ferais 7 à 8 jours sans sport du tout, puis que je verrais au jour 8 :

  • pas de douleur
  • pas de courbatures
  • sensations OK

J’avais quand même le tendon derrière le genou qui “couinait” un peu, et évidemment des courbatures, mais elles sont vite passées.

Au 8e jour, j’ai repris avec du ski alpin, tranquillement. Aucune douleur.

À J+9, j’ai fait un footing “évaluation du corps” de 20 minutes : aucune douleur, cardio OK, bonnes sensations.

À J+10, un footing de 30 minutes (environ 5 km), et toujours rien à signaler.

Le corps et la tête vont bien : je suis prête à retourner manger des kilomètres et du D+.

Après un ultra, il faut du repos. Vraiment. Et pas juste 2 jours pour ce genre d’effort.

Le corps est en état d’alerte, il essaye de réparer partout. Si vous enchaînez trop vite ou trop fort, vous augmentez clairement le risque de blessure. Aujourd’hui, j’arrive à reprendre après environ 8 jours de repos complet. Mais il y a moins d’un an, j’avais dû arrêter presque 3 semaines et reprendre très progressivement. Ça fait partie du processus. On fait avec ce qu’on a, on écoute son corps et on s’adapte.

Reprendre directement avec un footing de 10 km, par exemple, c’est trop. Vous ne laissez pas le temps au corps de vous dire si ça va ou non.

Il faut y aller progressivement : 20 minutes, puis 30, et ainsi de suite.

Les paramètres que je surveille

La règle numéro un, évidemment, c’est d’écouter son corps.

Mais je regarde aussi certains indicateurs physiologiques, comme :

  • la VFC (variabilité de la fréquence cardiaque)
  • la fréquence cardiaque au repos

Après un effort comme ça, tout part un peu en vrille, et c’est normal. Avec le repos, ces paramètres reviennent progressivement à la normale.
Et s’ils ne sont pas bons, même si je n’ai plus de douleur, je préfère attendre. Parce que parfois, on a l’impression que tout va bien, alors que le corps n’est pas encore prêt. Il faut vraiment savoir s’écouter et rester progressif.

À J+10, j’ai qu’une hâte : reprendre l’entraînement pour la prochaine échéance.

Mais j’ai aussi envie de profiter de la fin de saison de ski, et d’aller m’amuser un peu sur les pistes.

Cet article a 2 commentaires

  1. Marion Maillet

    Passionnant, merci beaucoup d’avoir pris la peine de retranscrire au mieux tes sensations ! Ton récit était très agréable à parcourir 🙂

  2. Audrey

    Ton récit de course est vraiment super !
    J’adore ce format.
    Je te suis depuis quelques mois sur Instagram et je trouve que tu es inspirante.
    J’espère pouvoir progresser de plus en plus et faire de plus longues distances !
    Je vais me faire offrir ton ebook pour mon anniversaire 😉 ce sera déjà un bon début !
    Bonne continuation ! Et au plaisir de te lire encore.

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