Lavaredo Ultra Trail : 120km - 5800D+

Introduction

L’année 2026 est consacrée à la découverte des longues distances, donc au-delà des 100 km, une distance que j’ai déjà parcourue sur trois courses : le Poon Tour 2025 (lien), la Maxi-Race 2025 (lien) et le Ceven’Trail 2026 (lien). Comme mon objectif est de me rapprocher progressivement du format 100 miles (160 km), je voulais participer à une course avec une distance et un dénivelé intermédiaires.

Cela fait des années que je rêve d’aller découvrir les Dolomites en itinérance et que j’entends parler de cette fameuse course : le Lavaredo Ultra Trail. J’ai donc franchi le cap et, en septembre 2025, je me suis inscrite au tirage au sort. Avec un peu d’hésitation, on ne va pas se mentir. Quand j’ai vu le prix du dossard : 220 €, ça fait mal. C’est une course by UTMB et, on le sait, ces courses sont très (trop) chères à mon goût. Mais mon envie de découvrir ces sentiers et de vivre cette aventure a pris le dessus sur le reste. J’ai eu la chance d’être tirée au sort, donc c’était parti : me voilà embarquée dans l’aventure Lavaredo.

Tous mes dossards sont réfléchis bien en amont (j’ai construit ma saison 2026 durant l’été 2025). Pas le choix vu les dates d’inscription et la vitesse à laquelle les courses affichent complet. Tout est planifié à l’avance : les objectifs, les courses et l’entraînement. Le Lavaredo faisait donc partie des objectifs majeurs de ma saison. Il servait également de préparation pour une autre échéance prévue plus tard dans l’année, dont je vous parlerai en temps voulu (ne m’en voulez pas, j’aime bien garder certaines choses pour moi de temps en temps ahah).

Ma préparation

On ne prépare pas une telle course en trois mois. Quand je parle de préparation, je partage souvent mon volume hebdomadaire, mais la vraie préparation de cette course a commencé il y a plusieurs années. Elle se construit dans l’augmentation progressive de ma pratique afin que mon corps soit capable d’encaisser une telle distance et un tel dénivelé.

Je cours depuis 2022 et j’augmente progressivement mon volume depuis mes débuts. Cela fait un peu moins de deux ans que je cours entre 4 et 6 fois par semaine. Rien ne s’est fait du jour au lendemain. J’ai pris mon temps et j’ai toujours essayé d’écouter mon corps, ce qui m’a permis jusqu’à présent d’éviter les blessures sérieuses. Je touche du bois pour que cela continue ainsi, mais je pars du principe que lorsque l’on fait les choses correctement, que l’on est patient, indulgent envers soi-même et à l’écoute de son corps, beaucoup de choses peuvent bien se passer.

Pour rappel, je m’entraîne en appliquant le modèle de l’entraînement polarisé. Cela signifie que 80 % de mon volume hebdomadaire est réalisé à basse intensité (Endurance Fondamentale), et plus particulièrement autour de la Fatmax, tandis que les 20 % restants sont effectués à haute intensité.

La Fatmax correspond à l’intensité pour laquelle l’oxydation des lipides est maximale. Petit rappel : notre corps dispose principalement de deux sources d’énergie :

  • les glucides (les sucres) ;
  • les lipides (les graisses).

À faible intensité, le corps utilise majoritairement les lipides comme source d’énergie. À mesure que l’intensité augmente, la part des glucides devient plus importante. Or, les réserves de glucides sont limitées, contrairement aux réserves lipidiques.

Si tu veux en savoir plus sur cette partie et toutes les explications qui vont avec, je te laisse aller jeter un œil à mon ebook dans lequel je détaille tout : LIEN.

Ce modèle d’entraînement repose sur l’idée que l’alternance entre travail très facile et travail intense, sans passer trop de temps dans les intensités intermédiaires, permet d’optimiser simultanément :

  • les adaptations aérobies centrales (augmentation du débit cardiaque, du volume plasmatique, de la capillarisation, etc.) ;
  • les adaptations périphériques et neuromusculaires (recrutement des fibres rapides, développement de la capacité anaérobie, amélioration de la VO₂max, etc.).

Pour plus de détails sur cette méthode, tu retrouveras toutes les informations dans mon ebook.

Ainsi, sur une semaine d’entraînement, je réalise généralement deux séances d’intensité (à plat ou en côte) et trois séances en Endurance Fondamentale sur sentier. Je fais très peu, voire pas du tout, de route ou de plat. Mon objectif est avant tout d’encaisser du dénivelé et de passer du temps sur les sentiers.

Pourquoi faire de la haute intensité quand on prépare un ultra ?

C’est une question qui revient souvent. Travailler la haute intensité, même lorsque l’on prépare un ultra-trail, est extrêmement bénéfique. Pour simplifier, je définis quatre grandes zones d’entraînement :

Zone 1 : Endurance Fondamentale (en dessous de la Fatmax)
Zone 2 : Intensité spécifique de compétition (allant d’environ 18 h d’effort jusqu’à 40 minutes)
Zone 3 : Haute intensité
Zone 4 : Intensité supra-maximale

Le travail en zone 3 me permet d’être plus à l’aise à des intensités inférieures et donc d’aller plus vite pour un même coût énergétique. C’est bien d’avoir une carrosserie solide, mais il ne faut pas négliger le moteur. Et notre moteur, c’est notre cœur. Évidemment, il faut trouver le bon équilibre pour éviter le risque de blessure. C’est justement pour cela que j’applique l’entraînement polarisé et que je le recommande à tous les athlètes que j’accompagne.

Je m’aventure rarement dans la zone 2. Je l’utilise principalement lorsque je prépare des formats correspondant à cette intensité, comme les trails courts.

Quant à la zone 4, je ne l’utilise quasiment jamais, puisqu’elle correspond à des efforts très courts, généralement inférieurs à six minutes.

Pour plus d’informations sur ces notions, tout est détaillé dans mon ebook.

Mon objectif sur cette préparation était également d’augmenter mon volume d’entraînement avec des semaines comprises entre 90 et 120 km et entre 3 000 et 6 000 m de dénivelé positif.

Après le Ceven’Trail (100 km – 4 900 D+) disputé début mars 2026, j’ai pris le temps de récupérer avant de reprendre progressivement le trail.

J’ai augmenté mon volume petit à petit tout en intégrant quelques courses intermédiaires pour le plaisir (coucou le Trail du Bout du Cirque et la Grimaudoise). J’ai ensuite consacré les mois de mai et juin à faire du volume et à intégrer plusieurs week-ends chocs.

Pourquoi intégrer des week-ends chocs ?

Les week-ends chocs permettent de réaliser un très gros volume d’entraînement sur une période courte, généralement deux à trois jours.

Mon objectif était de réaliser deux aventures en OFF afin d’accumuler du temps d’effort et d’habituer mes jambes à encaisser un maximum de kilomètres et de dénivelé.

C’est ainsi que sont nés :

  • l’aventure Annecy – Chamonix (lien) ;
  • le GR340, le tour de Belle-Île-en-Mer (lien).

Ces deux projets ont eu lieu respectivement six et trois semaines avant la course, ce qui tombait parfaitement dans ma préparation.

Voici donc mon volume d’entraînement entre mars et le jour de la course :

En fin de préparation, je suis très satisfaite du travail réalisé. Tout s’est déroulé parfaitement : aucun pépin, beaucoup de plaisir et surtout la sensation d’avoir mis toutes les chances de mon côté. Mon objectif était d’arriver sur la ligne de départ sans aucun doute concernant ma condition physique. J’ai réalisé mes plus grosses semaines d’entraînement durant cette préparation, les sensations étaient excellentes et j’abordais la course avec beaucoup de confiance.

Plan de course

Comme je l’ai déjà expliqué dans plusieurs articles, avec Alex, nous avons développé différents outils pour accompagner au mieux les athlètes que nous suivons. Évidemment, nous les utilisons aussi pour nous-mêmes afin d’estimer nos temps de course et construire des plans de course les plus précis possible.

Dans cette préparation, j’ai donc refait mes tests de terrain afin de mettre à jour les indicateurs de performance qui alimentent notre outil de prédiction de course.

Les paramètres mis à jour étaient :

  • ma VMA ;
  • ma Vitesse Critique ;
  • ma VMA ascensionnelle ;
  • ma Vitesse Critique ascensionnelle ;

Et avec cela, mes zones d’entrainement ont pu être mis à jour également.

Notre outil de planification ne repose pas uniquement sur ces indicateurs. Nous prenons également en compte plusieurs facteurs comme :

  • la gestion de l’ultra (déterminée à partir des courses de plus de 6 heures déjà réalisées) ;
  • l’expression du potentiel (la capacité à exprimer son niveau réel en compétition) ;
  • le pacing de course (la capacité à maintenir une allure et une intensité régulières tout au long de l’épreuve) ;
  • la technicité du terrain et la capacité de l’athlète à s’exprimer sur ce type de terrain.

Oui, là ça commence à devenir un peu technique. Mais ce sont des données que nous récoltons à partir des résultats en compétition et qui permettent vraiment d’ajuster un plan de course précis et individualisé. Tous ces facteurs ont leur importance.

C’est notamment ce type d’approche que je propose aux athlètes que j’accompagne.

En résumé, grâce à l’ensemble de ces indicateurs de performance, obtenus à travers les tests de terrain mais aussi les résultats des compétitions passées, j’ai estimé mon temps de course autour de 19 heures. Évidemment, plus une course est longue, plus les possibilités de pépins sont nombreuses. Le mental joue également un rôle très important. Mon objectif plus large était donc de passer sous la barre des 20 heures.

L’intensité cible, déterminée à partir de mes données physiologiques (FC max, FC de repos, etc.), était de 138 bpm. Mon objectif était simple : ne jamais dépasser durablement cette intensité, surtout après les premières heures de course. 

En effet, le stress et l’adrénaline jouent forcément sur la fréquence cardiaque. Naturellement, celle-ci est plus élevée au départ. Dans les analyses que nous avons réalisées avec Alex sur nos propres données, nous avons observé que cet impact du stress est particulièrement présent sur les longues distances et les efforts supérieurs à six heures. En dessous de cette durée, son influence est généralement beaucoup moins marquée. Nous estimons qu’il peut représenter environ 10 battements par minute supplémentaires. Mon objectif était donc de ne pas dépasser les 145 bpm durant les premières heures de course.

La météo s’annonçait également très chaude, avec un épisode de canicule. Je gardais donc dans un coin de ma tête qu’à partir de 9 h ou 10 h du matin, il ne faudrait pas hésiter à lever légèrement le pied afin d’éviter l’explosion en plein vol. La chaleur est un facteur majeur en ultra et il ne faut jamais la sous-estimer.

Avant la course, je n’ai cependant pas pris le temps d’étudier le parcours autant que je l’aurais dû. Avec le recul, je pense que c’était une erreur.

Comme sur chaque ultra, j’avais noté mon plan de course directement sur mon dossard afin d’avoir mes temps de passage sous les yeux. Je connaissais assez bien le profil de la course jusqu’au kilomètre 67, mais beaucoup moins la suite du parcours.

Jour de course : récit de course

Nous avons fait le trajet depuis Annecy sur deux jours afin de limiter la fatigue. Nous sommes arrivés le jeudi soir dans un Airbnb situé à environ une heure de Cortina, lieu de départ de la course.

Cette journée a donc été consacrée au repos : essayer de dormir le plus possible. J’ai bien dormi la nuit précédente et réussi à faire une petite sieste dans l’après-midi. Seul point d’ombre : mon ventre n’est pas au top. Je vais vous épargner les détails, mais j’ai connu des avant-courses plus sereines sur ce point-là. Je me dis que c’est sûrement le stress, mais quelque chose me semble quand même inhabituel. 

Le départ est donné à 23 h. Nous quittons l’Airbnb vers 20 h et arrivons à Cortina autour de 21 h 45. Je me dirige vers la zone de départ et observe la foule. Il y a énormément de monde. Cela faisait longtemps que je n’avais pas participé à une course avec une telle densité de coureurs, et ça me fait tout drôle.

Je sais déjà que je vais rarement me retrouver seule sur cette course. Mais ça fait partie du jeu. J’ai choisi cette épreuve, donc je ne vais pas m’en plaindre. J’aime découvrir tous les formats, des courses les plus intimistes aux plus grosses machines, afin de me faire mon propre avis. Je reste d’abord en retrait du gros sas où tout le monde s’agglutine.

Le départ est filtré et les coureurs s’élancent par groupes de quatre. À 23 h, le flot commence à avancer progressivement vers l’arche. Je finis par rejoindre la foule. Je ne suis pas franchement à l’aise. Nous sommes serrés comme des sardines et, du haut de mes 1 m 62, je ne fais pas la fière : je ne vois rien et je suis coincée de tous les côtés. Une dame tient ses bâtons à la main et gêne pas mal de coureurs autour d’elle. Je ne comprendrai jamais les personnes qui gardent leurs bâtons dans les mains sur une ligne de départ, surtout quand nous sommes aussi serrés. Je suis tellement pour l’interdiction des bâtons au départ des courses et sur les premiers kilomètres tant je trouve ça dangereux. Mais bon.

Je regarde ma montre lorsque je franchis l’arche : 23 h 04. Quatre minutes pour atteindre la ligne. Je prends alors conscience de la taille du peloton. C’est impressionnant. Et je ne suis même pas dans les derniers.

Le départ est incroyable. Le système de filtrage permet d’éviter un énorme bouchon dans les rues de Cortina et nous pouvons vraiment profiter des encouragements. Je vois Alex et ça me fait plaisir. Puis nous filons dans la nuit, en direction des sentiers et loin de la foule.

Les trois premiers kilomètres se font sur route. C’est large, rapide et les spectateurs sont présents partout. Je profite simplement du moment. Le stress accumulé pendant la journée disparaît peu à peu. Je me dis que ça y est : je suis exactement là où je dois être, en train de faire ce que j’aime le plus au monde, courir en montagne.

Nous rejoignons rapidement les sentiers. À ma grande surprise, ils sont assez larges sur toute cette première partie de course. Je pensais que nous allions nous retrouver immédiatement à la queue leu leu dans des singles impossibles à dépasser. Finalement, nous progressons principalement sur des pistes forestières larges et roulantes. Malgré le nombre de participants, cela reste agréable. Je garde seulement le souvenir d’une première descente assez raide avant le ravitaillement d’Ospitale. Là, le sentier se rétrécit et nous avançons davantage au rythme du peloton qu’au nôtre. C’est toujours un peu frustrant de marcher dans une descente. Mais je me répète toujours la même chose : « Prends les bouchons qu’il y a. La course est longue. Au moins, ça te force à rester calme et à ne pas partir trop vite. »

J’arrive au premier ravitaillement, à Ospitale, en 2 h 24. J’ai déjà environ vingt minutes d’avance sur mon plan de course. Et là : gros bouchon. Nous sommes tous les uns derrière les autres à attendre pour remplir nos flasques.

Directement, je me dis : « Oh non. Je déteste ça. »

Ça parle énormément italien autour de moi. Malgré mes années de LV2 au collège et au lycée, je ne comprends absolument rien. Je vois simplement des bénévoles faire signe d’avancer plus loin.

J’avance donc. Et me fais immédiatement crier dessus par un autre coureur. Heureusement, je ne comprends rien. Mais ça ressemblait fortement à un :« Faites la queue comme tout le monde ! » Scusi. On m’a dit d’avancer. Moi pas tout comprendre. Et en réalité, les personnes restaient concentrées sur les premières tables alors qu’il y avait beaucoup moins d’attente plus loin.

Je prends ensuite une bouteille pour remplir mes flasques et me fais de nouveau reprendre, cette fois en anglais : « Don’t touch the bottle. » Pratique. Nous devons attendre que les bénévoles nous servent eux-mêmes. Impossible de toucher au matériel. Avec une centaine de coureurs qui réclament de l’eau et seulement quelques bénévoles, l’attente devient rapidement interminable. Même chose pour la nourriture : impossible de se servir soi-même.

Je remplis finalement mes flasques, prends deux morceaux d’orange et repars aussitôt. Je peste un peu intérieurement. Se faire disputer deux fois en moins de trente secondes, ça faisait beaucoup. Je n’aime déjà pas la foule en temps normal, alors là, j’avais juste hâte de quitter ce ravitaillement bondé.

À la sortie, je retrouve Alex. Il va me suivre tout au long de la course et assurer mon assistance sur les deux bases de vie autorisées. Pour tous les autres ravitaillements, il sera là simplement pour m’encourager. Et ça change tout. Je suis toujours heureuse de le retrouver.

Durant toute la nuit, mon ventre reste capricieux. J’espère que ça finira par passer et que cela ne me compliquera pas davantage la course. 

En quittant le ravitaillement, je réalise surtout une chose : j’ai hâte que le jour se lève. La nuit, on avance tête baissée, les uns derrière les autres, sans rien voir du paysage. Ce n’est clairement pas ma partie préférée. Je préfère être seule sur un sentier ou admirer la montagne. Mais au moins, il fait frais.

Sur cette section, nous sommes davantage regroupés et les bâtons recommencent à me taper sur les nerfs. Je manque plusieurs fois de prendre un coup.

À un moment, un coureur rate complètement son geste juste devant moi. Son bâton passe à quelques centimètres de mon œil. Sympa.

Je me souviens avoir pensé : « T’imagines, ta course s’arrête maintenant parce qu’on t’a planté un bâton dans l’œil ? Et en plus tu perds la vue ? Pas fun. » Heureusement, rien de tout ça n’arrive. Tais-toi et avance, Manon.

J’arrive à Passo Tre Croci après environ 4 heures de course (km 28 – 1 600 D+). J’ai toujours une vingtaine de minutes d’avance sur mon plan de course. Je garde ça dans un coin de ma tête, tout en me répétant qu’il ne faut surtout pas accélérer. Je reste concentrée sur mon intensité cible et je sais qu’au prochain ravitaillement, le jour sera levé. J’ai hâte.

Je me sens bien. Tout va bien. Et lorsque les premières lueurs apparaissent au sommet d’une montée, la magie opère immédiatement. Les grandes barres rocheuses des Dolomites commencent à se dessiner à l’horizon. Je suis émerveillée. Et je sais déjà que lorsque le jour se lève dans les Dolomites, la course prend une toute autre dimension.

J’arrive au ravitaillement de Misurina (km 42 – 2300D+)  en 6 h 10. J’ai toujours une vingtaine de minutes d’avance sur mes temps de passage, donc le rythme est bon et tout va bien.

Par contre, ici, je sens qu’un détour par les toilettes devient indispensable. Mon ventre n’est toujours pas très coopératif. Je fonce vers les toilettes et découvre qu’il n’y a que deux cabines de chantier installées. Évidemment, il y a déjà une belle file d’attente. Moi qui voulais faire un ravitaillement express, c’est raté. Je passe finalement une quinzaine de minutes sur place, uniquement à attendre mon tour. Je recharge rapidement mes flasques en eau et en boisson d’effort puis repars en direction des Tre Cime.

Petit détail glamour : je n’ai même pas réussi à faire ce pourquoi j’étais venue. Mon ventre est vraiment bizarre.

À partir de là, j’entre dans une phase un peu euphorique. Les paysages deviennent complètement dingues. J’ai vu Alex au ravitaillement. Lui aussi profite du coin et doit monter aux Tre Cime par un autre sentier pour me retrouver là-haut. La montée passe à une vitesse folle.

Je suis heureuse, je profite, j’avance bien. Depuis le départ, je double énormément de monde mais je n’y prête pas vraiment attention. Je ne suis pas là pour faire un classement ou courir après une place. Mon objectif est simplement de faire les choses correctement à mon niveau.

J’arrive au refuge des Tre Cime complètement émerveillée. Les paysages sont incroyables. Je pense sincèrement que c’est la première fois sur une course que j’en prends autant plein les yeux. Je sais que le site est extrêmement touristique, mais à cette heure-ci il n’y a quasiment que les coureurs. Il est à peine 6 heures du matin et nous avons les montagnes pour nous. J’en profite pleinement. Je m’arrête plusieurs fois pour prendre des photos. Je n’avais jamais vu des paysages aussi impressionnants et je suis vraiment heureuse de découvrir cet endroit dans ces conditions. Je pense même que c’est mon plus beau souvenir de toute la course.

Avant de rejoindre le col, je croise plusieurs Français avec qui je discute un peu. Ça fait du bien. Après plusieurs heures à n’entendre quasiment que de l’italien, pouvoir échanger en français est agréable. Mon italien de LV2 est catastrophique et, quand j’essaie de sortir quelques mots, c’est finalement de l’espagnol qui arrive. Bref, c’est un échec complet.

Je remarque aussi que plusieurs coureurs semblent déjà dans le dur. De mon côté, je me sens vraiment bien et cela me rappelle qu’il faut rester prudente. Nous ne sommes qu’au kilomètre 50.

Je vois finalement Alex au loin et le rejoins rapidement avant de basculer dans la descente. Je m’arrête quelques instants avec lui pour admirer le paysage.

Nous sommes tous les deux émerveillés. Je suis heureuse de partager ce moment avec lui. Puis je repars.

Une longue descente m’attend avant de rejoindre la première base de vie où je pourrai refaire le plein de matériel et de nutrition. La descente se passe parfaitement. Le début est assez raide et je dépasse plusieurs coureurs. Ensuite, le terrain devient plus roulant avec plusieurs kilomètres de faux plat jusqu’au ravitaillement. C’est à ce moment-là que mon ventre recommence à faire parler de lui. Et pas qu’un peu. J’ai énormément de gaz et beaucoup de monde autour de moi. Alors oui, en trail, personne ne semble gêné de lâcher une caisse en pleine montée. Vu le nombre de personnes qui m’ont pété dessus durant la nuit, je pourrais probablement faire pareil sans le moindre problème. Mais moi, je n’y arrive pas. Donc je serre les dents. Et mon ventre n’est pas content du tout. Je commence alors à moins m’alimenter sur cette section parce que les sensations digestives deviennent franchement désagréables. Le sentier est large, il y a du monde partout et je me dis que j’irai aux toilettes au prochain ravitaillement. Je ne veux pas perdre du temps ici.

Avec le recul, ce n’était peut-être pas la meilleure décision. À ce moment-là, le soleil commence à bien taper. Je ne ressens pas particulièrement la chaleur. Dans mon quotidien et à l’entraînement, c’est rarement quelque chose qui me pose problème. Je n’y prête donc pas vraiment attention.  Mais je ne m’hydrate pas davantage pour autant. Petite erreur.

J’arrive finalement à Cimabanche après 9 h 37 de course. J’ai désormais environ 40 minutes d’avance sur mes prévisions. Pourtant, je n’ai jamais dépassé l’intensité que je m’étais fixée. Je suis restée disciplinée depuis le départ. Je me dis alors que c’est peut-être la journée parfaite. Peut-être la course où, pour une fois, tout va s’enchaîner exactement comme prévu.

Je fonce directement aux toilettes. Cette fois, je ne peux plus attendre. Oui, je sais, ce n’est toujours pas très glamour. Mais on n’est pas sur un défilé de mode. Comme à Misurina, l’attente est interminable. Seulement deux toilettes sur une base de vie accessible en voiture, je trouve vraiment ça léger. 

Je profite du ravitaillement pour manger du riz. Je savais qu’il y aurait du solide ici. Bon, le riz est froid et sec. On a connu mieux. Mais ça reste du carburant, donc je mange. Je discute un peu avec Alex et lui explique que je ressens un léger coup de fatigue. La longue section roulante qui précédait m’a paru interminable et je commence à me demander si je ne me suis pas un peu trop dépensée sur la première partie de course. Pourtant, objectivement, les jambes vont très bien. Aucune douleur. Aucune alerte. C’est surtout de l’appréhension. Et c’est normal. Cela fait presque 10 heures que je cours et plus de 67 kilomètres sont déjà derrière moi. Alex me remobilise rapidement. Je recharge tout ce dont j’ai besoin et repars.

À ce moment-là, je suis loin d’imaginer que la vraie course va bientôt commencer.

Une belle montée assez raide nous attend dès la sortie du ravitaillement. Pourtant, le coup de moins bien ne passe pas. Au contraire, il semble même s’accentuer. Je suis fatiguée. Je me force à manger et à boire, mais les sensations ne reviennent pas vraiment.

Dans la descente qui mène au ravitaillement suivant, au kilomètre 77, je suis même obligée de m’arrêter à cause de crampes au niveau de la ceinture abdominale. Une première pour moi. Je discute quelques minutes avec un Français qui me dépasse. Il me dit avoir déjà connu ça et que cela finit généralement par passer. J’essaie de repartir à son rythme. Et effectivement, les douleurs diminuent peu à peu. La forme revient légèrement et je parviens même à relancer dans la descente. Finalement, je ne perds pas autant de temps que ce que je craignais sur cette section.

Au ravitaillement, je recharge rapidement en eau et je bois correctement avant de repartir. Nous approchons des heures les plus chaudes de la journée et je sais que la portion qui suit sera longue. Très longue. Plus de 20 kilomètres avant le prochain véritable ravitaillement. Plus de 1 200 mètres de dénivelé positif. Cette section me fait peur.

Je croise Alex qui est venu sur le parcours et qui me décrit rapidement ce qui m’attend. Étrangement, cela ne me rassure pas du tout. Mais j’ai toujours environ trente minutes d’avance sur mes temps de passage. Je n’ai donc aucune raison objective de m’inquiéter. Et pourtant, les montées deviennent de plus en plus difficiles. De plus en plus raides. Et c’est ici que commence réellement la descente aux enfers.

Depuis le ravitaillement du kilomètre 77, j’ai envie d’aller aux toilettes. Sauf qu’il n’y avait pas de toilettes. Je suis entourée de coureurs. Il n’y a aucun endroit où s’isoler. Avec la fatigue, j’en arrive à avoir les larmes aux yeux simplement parce que je ne sais pas où faire pipi. C’est quand même un peu ridicule dit comme ça. Mais à ce moment-là, ça me paraît être un problème absolument insurmontable. Plusieurs cours d’eau traversent le parcours. Beaucoup de coureurs s’arrêtent pour se rafraîchir. Moi non. Nouvelle erreur. Je le fais rarement à l’entraînement parce que je supporte plutôt bien la chaleur. Enfin, c’est ce que je croyais. Parce qu’avec le recul, Manon, tu avais chaud. Très chaud même. Tu étais littéralement en train de fondre au soleil. Trempe-toi dans la rivière, bordel. Pardon. Mais en écrivant ces lignes à froid, je réalise à quel point j’ai accumulé les erreurs.

Nous entrons alors dans ce que j’appelle désormais : Le Gouffre de la Mort. Un sentier qui longe une rivière. Puis une immense zone de cailloux. Puis une dernière montée jusqu’à un col qui doit nous faire basculer vers le ravitaillement du Col Gallina. Sur le papier, ça paraît pourtant raisonnable : 15 kilomètres. 700 mètres de dénivelé positif. Dans la réalité ? J’ai trouvé cette section interminable. Je multiplie les pauses. Je n’avance plus. Je regarde ma fréquence cardiaque : 100 bpm. Je suis littéralement en randonnée. Je broie du noir. Et je ne comprends pas ce qui m’arrive. Pourquoi je n’ai plus d’énergie ? Pourquoi je n’avance plus ? Pourquoi mon corps refuse de fonctionner ? Peut-être parce que ça fait déjà deux heures que tu ne manges quasiment plus et que tu ne bois plus correctement ? Oui. C’est probablement une bonne piste. Mais sur le moment, je ne réfléchis plus vraiment. Mon ventre me torture. À chaque fois que j’essaie de boire ou de manger, j’ai l’impression que je vais me faire dessus dans les cinq minutes qui suivent. Et ça, ce n’est franchement pas une perspective qui me fait rêver. Je prends alors une décision catastrophique : j’arrête quasiment de m’alimenter.

Je me dis que si je continue, je vais finir par faire une Benat Marmissolle. Et pour mon ego, ça me semble totalement inacceptable. Je finis malgré tout par trouver un endroit isolé pour faire mes besoins. Oui, ce n’est pas glamour. Mais là, on est dans une situation d’urgence. Et pour ceux qui se poseraient la question : j’avais évidemment des mouchoirs avec moi. Et évidemment, je suis repartie avec. On ne laisse pas ses déchets en montagne. Jamais.

Nous arrivons ensuite dans une nouvelle portion du parcours. Le désert de la Mort. Oui, lui aussi a gagné son petit surnom. Plein soleil. 35 degrés facilement. Un terrain plat rempli de blocs instables. Impossible pour moi de courir. Je traverse plusieurs ruisseaux sans même penser à me rafraîchir.

Je ne pense qu’à une seule chose : atteindre le point d’eau du kilomètre 90. Je n’avance plus. Depuis un bon moment déjà, les coureurs me dépassent les uns après les autres. Je me dis que ça y est. Cette fois, c’est moi le zombie. Je vois toute l’avance accumulée depuis le départ disparaître sans comprendre pourquoi. Le plus frustrant, c’est que mes jambes vont bien. Elles répondent encore. Mais je n’ai tout simplement plus d’énergie. Et mon ventre continue de me torturer. Je finis enfin par atteindre ce fameux point d’eau. Des bénévoles sont présents. Une table. Un banc. Je m’écroule dessus.

Je m’allonge quelques minutes et ferme les yeux. Je me dis qu’une petite pause pourrait peut-être m’aider.

Je regarde mes temps de passage. J’ai désormais une vingtaine de minutes de retard sur mon plan de course. Pris isolément, ce n’est pas énorme.

Mais quand je repense à l’avance que j’avais auparavant, je réalise que je viens de perdre près d’une heure sur une section relativement courte. Et là, je comprends. La catastrophe est en marche.

Je ne vois plus vraiment l’intérêt de poursuivre cette course si je ne suis plus capable d’avancer correctement. Je sais que cela peut paraître étrange, mais je suis là pour faire les choses du mieux possible, pour profiter malgré les moments difficiles et avancer dans un rythme qui me correspond. Finir complètement détruite, marcher pendant des heures sans pouvoir courir et mettre dix heures de plus que ce que je suis capable de faire, ce n’est pas ce que je recherche. J’ai énormément de respect pour les personnes qui trouvent les ressources nécessaires pour continuer alors que tout leur corps leur dit d’arrêter. Moi, à cet instant précis, je sais une chose : si ça ne revient pas, je ne repartirai pas du ravitaillement du kilomètre 97. Je suis au bout du rouleau.

Très rapidement, Katia, une autre coureuse française, vient me demander comment je vais. Une deuxième Française nous rejoint presque immédiatement.

Je leur réponds honnêtement : « Ça ne va vraiment pas fort. » Vu mon état, elles comprennent rapidement que quelque chose ne tourne pas rond.

Katia me dit alors que je fais probablement un début d’hyperthermie au vu des symptômes que je décris. Et effectivement, quand on y réfléchit, la situation est assez absurde : nous sommes en plein soleil, sous une chaleur écrasante, et moi je suis allongée sur un banc en ayant froid.

Elle me motive à repartir avec elles et surtout à ne pas rester seule. Je décide de les écouter. Je remplis mes flasques, je bois, je me rince un peu et nous repartons. Je prends rapidement la tête du petit groupe et creuse même l’écart. Pourtant, je suis toujours dans un sale état. C’est à ce moment-là que je comprends quelque chose. Mes jambes vont vraiment bien. Le problème ne vient pas d’elles. Je réalise que j’ai probablement pris un énorme coup de chaud et que j’ai aggravé la situation en arrêtant de m’alimenter et en ne buvant pas suffisamment.

Même si, honnêtement, avec mon ventre dans cet état, je ne savais plus vraiment quoi faire. Je pleure littéralement pendant toute la montée. J’essaie d’appeler Alex mais il ne répond pas. Je lui envoie alors un message pour lui dire que je vais abandonner au prochain ravitaillement. Je broie du noir.

Je mange un peu, je bois un peu, mais je ne vois toujours pas le bout du tunnel. Dans un moment de désespoir, je décide même d’appeler mon père. Avec le recul, ce n’était peut-être pas la meilleure idée.Parce qu’en m’entendant, sa réaction est immédiate : « Arrête. » Bon. Ce n’est pas exactement le discours dont on rêve quand on est déjà au fond du trou. Mais je sais aussi que c’est simplement un père inquiet pour sa fille.

Au fond de moi, une petite voix continue pourtant de me dire que cette solution est trop facile. Que je ne peux pas accepter d’arrêter comme ça. Mais je suis incapable de voir comment les choses pourraient s’améliorer. Quelques minutes plus tard, Alex me rappelle. Il essaye de me remotiver. Ça fonctionne à moitié. Je lui répète plusieurs fois que je pense abandonner lorsque je le retrouverai au ravitaillement. Je crois même que je n’ai jamais autant parlé d’abandon sur une course. C’est assez ironique quand on connaît mon mantra : « L’abandon n’est pas une solution. » Durant toute cette section, je remets absolument tout en question.

Peut-être que les distances au-delà de 100 kilomètres ne sont finalement pas faites pour moi.

Peut-être que je vais trop vite dans ma progression.

Peut-être que je devrais revenir sur des formats plus courts.

Peut-être que je me suis complètement surestimée.

Je n’éprouve plus aucun plaisir. J’essaie de lever la tête pour admirer le paysage, mais je passe davantage de temps à insulter les cailloux qu’à profiter des Dolomites. Autant dire que la méthode n’est pas très efficace.Je me dis que tout ce qui est en train de se passer détruit complètement le plaisir que je trouvais jusque-là dans cette course. Et je ne comprends plus pourquoi je suis là. Vous allez peut-être me trouver dramatique. Mais honnêtement, je crois que je n’avais jamais été aussi bas mentalement sur une course. Je me persuade que je n’ai pas le mental nécessaire pour ce genre d’épreuve. Que je ne suis pas prête pour des événements aussi longs. Que je me suis trompée.

Une fois arrivée au sommet du col, je m’allonge quelques minutes. Il me reste encore une longue descente, puis une dernière remontée avant de rejoindre le ravitaillement où Alex m’attend. En y repensant, l’attente a dû lui sembler interminable. À ce moment-là, je décide d’appeler Pauline, l’une de mes meilleures amies d’enfance. Tous mes amis sont alors en week-end à Santorin, un voyage auquel je n’ai pas participé à cause de cette course. Et c’est totalement OK. Mais je me dis que discuter avec eux me ferait du bien. Je passe une bonne dizaine de minutes au téléphone. Et effectivement, ça me change les idées. Ça me fait du bien. Ça me reconnecte un peu à autre chose qu’à mon état catastrophique.

Je repars. Dans la descente, je recroise Katia. Elle est en train de vomir. Manifestement, nous ne sommes pas les seules à souffrir aujourd’hui. Nous décidons de rejoindre le ravitaillement ensemble. Discuter aide énormément. Et surtout, elle ne parle jamais d’abandon. Alors qu’elle est dans le dur depuis bien plus longtemps que moi. Je me dis alors que je ne peux pas m’arrêter après toute l’énergie qu’elle met à me motiver. Petit à petit, le ravitaillement se rapproche. Et avec lui, la décision la plus importante de toute ma course.

Je finis par rejoindre Alex au ravitaillement. Quand je vois son visage, je comprends immédiatement qu’il s’est inquiété. Et franchement, je peux le comprendre. Pardon. Cette fois, il faut faire une vraie pause. Si ça ne revient pas ici, je ne repars pas. Je suis incapable de me projeter sur les 23 kilomètres et les 1 100 mètres de dénivelé positif qu’il reste à parcourir. Dans l’état où je suis, j’ai l’impression que je vais mettre huit heures pour terminer. Je m’allonge. Je me couvre parce que j’ai toujours froid malgré la chaleur. Alex m’a préparé du Fanta et des chips. Je mange. Je bois. Et ça me fait un bien fou.

À ce moment-là, cela fait déjà plus de 17 heures que je suis en course. J’ai désormais près d’1 h 45 de retard sur mon plan de course. Pour vous donner une idée de l’ampleur du naufrage. Alex, lui, ne me laisse pas vraiment le choix. Il me dit que si j’abandonne ici, je vais le regretter. Que je dois prendre le temps nécessaire pour récupérer, mais qu’ensuite il faudra repartir. Que si je repars, il faudra surtout changer complètement d’état d’esprit. Arrêter de penser à ce qui s’est passé. Arrêter de penser au chrono. Arrêter de penser à tout ce que j’ai perdu. Et simplement vivre cette fin de course. Il est bien plus confiant que moi. Et son discours m’aide énormément. 

Après un certain temps – je serais incapable de dire combien – je décide finalement de me relever. Le simple fait d’avoir mangé et bu m’a redonné un peu d’énergie. Je sens que je dois terminer cette course. Et surtout, je sens que je peux encore bien la terminer. Alex me rappelle que, dans le plan initial, cette dernière section était prévue en environ 3 h 45. Vu mon état, il estime plutôt 4 heures, voire davantage. Je repense alors à ce fameux changement d’état d’esprit. Et je me fais une promesse : Je ne mettrai pas plus de quatre heures. Je veux encore passer sous les 21 heures. Le chrono n’a plus vraiment d’importance. Mais quand même un peu. On ne se refait pas. Je repars.

Et immédiatement, je me remets à courir. Pour la première fois de la journée, je décide de mettre des écouteurs. D’habitude, je cours presque toujours sans musique. Mais là, il faut absolument que j’arrête de réfléchir. Je veux juste avancer. Rapidement, je me rends compte d’une chose : Les jambes répondent toujours aussi bien.

J’attaque une montée d’environ 500 mètres de dénivelé positif. Je retrouve naturellement mon intensité cible autour de 140 bpm. Et surtout, je me sens à nouveau capable de courir. Je refuse de finir cette course en mode zombie. Si ça va mieux maintenant, alors je vais en profiter jusqu’au bout.

La météo a changé. Le ciel s’est couvert. Quelques gouttes sont tombées. Un orage gronde au loin. La chaleur a disparu. Je sais que le coup de chaud est derrière moi. À partir de cet instant, je vais passer mon temps à remonter des coureurs. Pendant les quelques heures de galère, j’ai perdu environ 140 places au classement. Je ne le sais évidemment pas sur le moment, puisque je ne regarde jamais le classement pendant une course. Je l’apprendrai plus tard. Dans cette montée, je recommence à doubler. Encore. Et encore. Je recroise même plusieurs personnes qui m’avaient vue complètement détruite quelques heures plus tôt. Je me demande sincèrement ce qu’elles doivent penser en me voyant maintenant leur repasser devant avec le couteau entre les dents.

J’atteins le sommet beaucoup plus vite que ce que j’imaginais. J’envoie un message à Alex pour le rassurer et lui dire que tout va mieux.

Au loin apparaissent les Cinque Torri. Encore un endroit absolument magnifique. Nous irons les découvrir quelques jours plus tard pendant nos vacances dans les Dolomites.

Cette fois-ci, j’ai vraiment le temps de lever les yeux et d’apprécier le paysage. Je retrouve ensuite Alex un peu avant Passo Giau, l’avant-dernier ravitaillement. Je suis heureuse. Fatiguée, évidemment. Mais heureuse. Et surtout reconnaissante de le voir encore là. Je ne le remercierai jamais assez.

Parce que sans lui, je suis presque certaine que je serais encore quelque part dans le Gouffre de la Mort en train de pleurer sur mon sort. Ici, il m’explique qu’il reste encore une grosse montée d’environ 250 mètres de dénivelé positif, puis une dernière d’une centaine de mètres avant de basculer vers le dernier ravitaillement puis Cortina.

J’entame cette section avec beaucoup d’émotion. Parce que je sais désormais que j’irai au bout. Je ne suis jamais allée chercher aussi loin dans mes retranchements. Je jette un dernier regard sur les paysages magnifiques de Passo Giau avant d’attaquer cette ultime grosse montée. Et quelle montée. Raide. Très raide. Mais magnifique. Des chevaux sauvages évoluent autour du sentier. Le décor est incroyable.

Et pourtant, je suis tellement concentrée sur mon objectif que je continue d’avancer sans vraiment ralentir. Je double encore beaucoup de monde. J’entends même plusieurs Français discuter du fait que je cours sans bâtons. Et effectivement, je crois n’avoir croisé absolument personne sans bâtons sur toute la course. D’habitude, il y en a toujours quelques-uns. Là, personne. Je me dis donc que je serai au moins première du classement sans bâtons. Il faut bien se trouver des objectifs. La montée est difficile pour tout le monde. Mais moi, je suis en mission. Je continue à grimper à mon rythme. Je bascule enfin. Une coureuse me demande si c’était la dernière montée. Je lui réponds qu’il en reste encore une petite. J’espère simplement qu’elle sera moins raide. Parce que celle-là a déjà bien fait mal. Je continue à m’alimenter comme je peux. Rien à voir avec les 80 premiers kilomètres où tout était parfaitement maîtrisé. Mais c’est déjà beaucoup mieux que pendant ma traversée du Gouffre de la Mort. Mon ventre me laisse enfin un peu tranquille. Et ça change tout.

Dans la descente, j’aperçois au loin la toute dernière montée. Et, sans grande surprise, je me remets à pleurer. Encore. Oui. Probablement pour la 18 761e fois de la journée. Mais cette fois, ce ne sont plus les mêmes larmes. Parce que je sais qu’après ça, ce sera terminé.

Je bascule dans la descente et continue de doubler quelques coureurs. Au loin, j’aperçois enfin Cortina. Ça semble proche et loin en même temps. Mais elle est là. Et ça suffit à me redonner un énorme coup de boost. Je passe le dernier ravitaillement sans même m’arrêter. Je n’ai plus qu’une seule idée en tête : terminer. La descente est longue. Très longue. Trop longue. J’ai l’impression que Cortina ne se rapproche jamais.

Nous sommes dans une forêt où les coureurs passent leur temps à se doubler, se redoubler, se laisser passer. À ce stade de la course, je rêverais presque d’être seule. Doubler demande de l’énergie. Laisser passer demande de l’énergie. Faire attention à ne pas glisser sur quelqu’un dans les portions techniques demande aussi de l’énergie. Et honnêtement, après près de vingt heures de course, je n’ai plus envie de partager le sentier.

Puis arrivent les trois derniers kilomètres. Enfin. Le sentier s’élargit. La forêt s’ouvre progressivement. Et Cortina apparaît devant nous. Cette fois, c’est réel. Je lâche tout. Je regarde rapidement ma montre. Il me reste moins de vingt minutes pour passer sous la barre des 21 heures. Je décide alors de donner tout ce qu’il me reste. J’ai l’impression de courir à 3’00/km. Bon. La réalité est probablement plus proche de 5’30 ou 6’00/km. Je double encore quelques coureurs.

Je pense à Alex qui m’attend à l’arrivée. J’ai hâte de le voir. J’entre dans les rues de Cortina les larmes aux yeux. L’ambiance est incroyable. Il y a du monde partout. Des spectateurs, des bénévoles, des coureurs déjà arrivés. Je profite de chaque seconde. Je vois Alex juste avant l’arche d’arrivée. Et quelques instants plus tard, je franchis la ligne en 20 h 55 min 45 s. Je pleure. Mais cette fois, ce sont des larmes de joie. 

Je suis heureuse. Heureuse d’être allée chercher aussi loin pour terminer cette course. Heureuse d’avoir repoussé mes limites. Heureuse d’avoir trouvé les ressources nécessaires pour continuer alors que je voulais abandonner quelques heures plus tôt.

Je suis passée par tellement d’émotions durant cette journée. La joie. L’euphorie. L’émerveillement. La découverte. La descente aux enfers. La souffrance. La tristesse. Le doute. La détermination. Puis de nouveau la joie.

Avec un peu de recul, j’ai aujourd’hui deux sentiments contradictoires vis-à-vis de cette course. Le premier est évidemment la satisfaction. Je suis très heureuse d’avoir terminé. C’est la plus longue distance que j’ai parcourue jusqu’à présent. Et je ne cesse de le répéter : il faut toujours rester humble en montagne et face à ce sport. L’ultra nous apprend énormément de choses. Et l’humilité en fait partie.

Je suis fière d’avoir trouvé les ressources mentales nécessaires pour repartir après le Col Gallina. Même si, soyons honnêtes, Alex y est pour beaucoup. Sans lui, je ne suis pas certaine d’avoir repris le départ de cette dernière section.

Je suis également très heureuse de ma préparation. Les jambes ont parfaitement répondu. Physiquement, je n’étais pas détruite à l’arrivée. Dès le lendemain, je marchais normalement. La semaine suivante, nous avons pu partir randonner et visiter les Dolomites comme prévu. C’est probablement la première fois que je termine un ultra dans un aussi bon état musculaire. Et ça, c’est une vraie satisfaction.

Je suis aussi contente d’avoir vécu ce coup de moins bien. Sur le moment, évidemment, j’aurais préféré m’en passer. Mais avec du recul, il m’a énormément appris. Il m’a permis de mieux comprendre mon fonctionnement, d’identifier mes erreurs et de savoir comment réagir si cela se reproduit un jour. Je pense sincèrement que ce genre d’expérience fait aussi partie de la progression. Le mental est une composante essentielle de l’ultra. Et cette course me l’a rappelé avec une certaine brutalité.

Pour autant, il y a aussi une part de frustration. Une frustration qui s’estompe de jour en jour mais qui est toujours présente. Parce que jusqu’au kilomètre 80, tout se passait parfaitement. Je gérais mon intensité. Je respectais mon plan de course. Je m’alimentais correctement. Je ne perdais quasiment pas de temps aux ravitaillements. Les jambes étaient là. L’envie aussi. Et surtout, j’avais la sensation d’être en train de réaliser la course la plus aboutie de ma saison. Encore une fois, à mon niveau. On ne parle pas ici de gagner la course ou de viser un top 10. Mais je voyais les données. Je voyais mes sensations. Je voyais mon rythme. Et je me disais que les 18 h 30 étaient peut-être accessibles. 

C’est aussi pour cela que le coup de chaud a été si difficile à vivre. Parce que je ne comprenais pas. Tout s’écroulait sans que je trouve d’explication. Je perdais énormément de temps. Les jambes étaient toujours là. Mais rien ne repartait. Et je ne trouvais aucune solution. Bien sûr, il ne faut pas tout ramener au chrono. Le fait d’avoir réussi à rebondir, repartir et bien terminer cette course reste probablement ma plus belle victoire.

Mais j’ai malgré tout cette petite voix qui me dit que j’aurais peut-être pu réagir plus vite. M’accrocher davantage. M’obliger à manger. Boire plus. Me rafraîchir plus souvent. Peut-être limiter la casse. Peut-être. Mais comme on dit : avec des « si », on refait toutes les courses. Ça fait partie du jeu. Ça fait partie de l’apprentissage. Et en ultra, tout ne se déroule jamais exactement comme prévu. Ce dont je suis certaine aujourd’hui, c’est que je ne suis pas partie trop vite. Que j’ai respecté mon intensité. Que ma préparation était excellente. Et que désormais, je saurai beaucoup mieux gérer un coup de chaud si je me retrouve à nouveau dans cette situation.

La récupération

Je le dis et le répète : la récupération est ultra importante, et encore plus après ce type d’événement.

Pour la première fois après un ultra, je ne suis pas détruite. Les jambes vont bien, je n’ai aucune douleur anormale, aucune courbature, seulement une fatigue générale, ce qui est tout à fait normal après avoir passé près de 21 heures dehors. Dans cette configuration, cela peut vite donner envie de recourir rapidement. Pourtant, je mets un point d’honneur à ne pas le faire.

Le corps a été fortement sollicité pendant plus de vingt heures. Même lorsque les sensations semblent bonnes, il a besoin de temps pour récupérer et retrouver son équilibre. Et au-delà du physique, il y a aussi la tête. Être allée chercher aussi loin mentalement m’a laissé une vraie fatigue psychologique durant les jours qui ont suivi. J’avais besoin de couper avec tout ça, de prendre du recul et de digérer toutes les émotions vécues pendant cette course.

Nous avions prévu une semaine de vacances en Italie pour profiter des Dolomites. Nous n’avions rien programmé à l’avance puisque tout dépendait de mon état après la course. Finalement, prendre le temps, se reposer et découvrir la région tranquillement m’a fait énormément de bien. Cela permet aussi de rester occupée et d’éviter de penser à la reprise. De toute façon, je n’en avais pas envie. Je me laisse systématiquement au minimum dix jours sans sport après ce type d’effort, et si l’envie revient ensuite, je reprends progressivement.

Durant cette semaine, j’ai seulement effectué une petite randonnée de 12 km et 500 m de dénivelé positif pour rejoindre un magnifique lac de montagne. Nous l’avons faite à J+3 et tout s’est parfaitement bien passé. Je savais cependant que si j’avais ressenti la moindre alerte, j’aurais immédiatement fait demi-tour.

J’ai repris la course à pied dix jours après le Lavaredo avec un footing de 30 minutes. C’était un peu plus long que ce que j’avais initialement prévu, mais j’accompagnais Alex pour sa dernière sortie avant sa course. Avant de reprendre, j’ai attendu de me sentir réellement en forme, d’avoir retrouvé un sommeil de qualité et de voir mes indicateurs physiologiques revenir à la normale, notamment ma Variabilité de la Fréquence Cardiaque (VFC) et ma fréquence cardiaque de repos.

Cette première semaine de reprise sert uniquement à remettre le corps en mouvement. Je profite, je cours sans objectif, je limite la durée des sorties et surtout j’écoute mon corps. Je sens encore de la fatigue, ma fréquence cardiaque monte plus vite que d’habitude et c’est parfaitement normal. Je reste simplement attentive au moindre signe inhabituel. Le volume reviendra progressivement afin de préparer la prochaine échéance.

Et puis surtout, j’ai mangé. J’ai mangé et je continue à manger en me faisant plaisir. Je sais que la semaine qui a suivi la course, j’ai probablement bu un voire deux Fanta quasiment tous les jours. Oui, je devrais peut-être demander un partenariat à Fanta tellement j’aime cette boisson. D’ailleurs, il n’y en a jamais sur les ravitaillements. Quel gâchis. Mais plus sérieusement, après un effort aussi long, il faut refaire les stocks. On ne compense jamais totalement ce que l’on dépense pendant une course. Une grande partie du travail se fait ensuite, pendant la récupération. À ce moment-là, il faut manger à sa faim, écouter ses envies et arrêter de culpabiliser. Si c’est pizza toute la semaine, alors ce sera pizza toute la semaine. Clairement.

Puis, petit à petit, tout revient naturellement à la normale.

La nutrition

J’ai la chance de collaborer avec Baouw depuis quelques semaines. Baouw est une marque de nutrition sportive spécialisée dans les sports d’endurance et implantée à Annecy.

C’est une marque que j’ai découverte dès mes débuts en trail, en 2022, et que je consomme depuis. D’abord avec leurs purées, leurs barres et leurs gels, puis depuis le début de l’année avec leur nouvelle gamme de boissons d’effort.

J’ai testé énormément de marques de nutrition sportive et je suis convaincue que le choix est très individuel. Ce qui fonctionne pour une personne ne fonctionnera pas forcément pour une autre. En revanche, il est toujours intéressant de regarder la composition des produits, car cela permet déjà d’orienter ses choix.

On le sait, certaines marques proposent des compositions plus qualitatives que d’autres. Il existe aujourd’hui énormément d’options sur le marché et mon meilleur conseil reste toujours le même : il faut tester soi-même. Ce qui me convient à moi ne conviendra pas forcément à tout le monde.

En étudiant de plus près la composition des produits des différentes marques, mon envie de continuer à consommer Baouw s’est renforcée. J’ai donc pris contact avec eux et j’ai aujourd’hui la chance de collaborer avec cette entreprise.

J’ai été sollicitée par d’autres marques et j’aurais pu accepter des partenariats financièrement plus intéressants. Pourtant, je n’étais pas totalement convaincue par les produits proposés. Je ne voyais donc pas l’intérêt de promouvoir quelque chose que je n’utilisais pas réellement. Je préfère largement collaborer avec des marques que je consomme déjà, que j’apprécie sincèrement et auxquelles je crois.

Pour le Lavaredo, mon objectif nutritionnel était d’atteindre environ 45 g de glucides par heure. Oui, c’est loin des 90 g/h, 110 g/h ou parfois davantage que l’on voit régulièrement circuler sur les réseaux sociaux.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que je n’ai jamais réussi à consommer autant. Augmenter ses apports glucidiques demande un véritable entraînement digestif, du temps et aussi un certain budget. Jusqu’à présent, je n’y arrivais tout simplement pas. Sur mes précédents ultras, comme la Maxi-Race ou le Ceven’Trail, je consommais généralement entre 25 et 30 g de glucides par heure.

Durant cette préparation, j’ai pu tester les 45 g/h sur plusieurs longues sorties et cela fonctionnait très bien. J’ai donc décidé de conserver cet objectif pour le Lavaredo.

Pour ce type d’effort, voici les produits Baouw que j’utilise principalement :

  • Les boissons d’effort (38 g de glucides par sachet), qui représentent ma priorité. L’hydratation est l’élément le plus important en ultra. Une boisson d’effort permet à la fois d’apporter de l’eau, des glucides et des minéraux.
  • Les purées nutritionnelles (environ 17 à 19 g de glucides), très pratiques lorsque l’on a besoin d’un apport facile à consommer.
  • Les barres énergétiques (environ 20 g de glucides), que j’apprécie beaucoup même si je n’en ai finalement pas consommé pendant la course.
  • Les gels (30 g de glucides), que je dilue généralement dans de l’eau et que j’utilise davantage lors de mes sorties vélo.

Pour le Lavaredo, j’ai donc principalement consommé des boissons d’effort et des purées. J’avais également prévu quelques aliments « plaisir » pour les ravitaillements assistés : chips, Fanta et autres petites gourmandises qui me faisaient envie.

Jusqu’au kilomètre 80, j’ai parfaitement respecté mon plan nutritionnel. Puis est arrivé le coup de chaud. Et là, j’ai quasiment tout arrêté. Probablement ma plus grosse erreur de la journée. La nourriture ne me dégoûtait pas. J’avais simplement peur de manger ou de boire davantage parce que j’étais persuadée que j’allais finir par me faire dessus. Oui, le trail, c’est aussi ce genre de réflexions très élégantes.

Une fois arrivée à la base de vie du Col Gallina et après avoir réussi à récupérer un peu, j’ai recommencé à m’alimenter plus normalement. En revanche, je suis restée très loin des 45 g de glucides par heure prévus au départ. Je serais incapable de quantifier précisément mes apports sur la fin de course, mais je pense être redescendue autour de 25 à 30 g/h.

Au final, je n’ai donc pas atteint mon objectif global de 45 g/h sur l’ensemble de l’épreuve. En revanche, durant les 80 premiers kilomètres, le plan nutritionnel a été parfaitement respecté. Je n’ai jamais ressenti de coup de fatigue, de fringale ou de baisse d’énergie, ce qui m’arrive pourtant régulièrement lorsque je mange insuffisamment. C’est un point très positif que je retiens de cette course. C’est également un aspect que je souhaite continuer à améliorer dans les prochains mois, car je suis convaincue qu’il représente encore une belle marge de progression pour moi sur les formats ultra.

Pour terminer

Maintenant que cet objectif est derrière moi, qu’il est temps de le digérer pleinement et de laisser au repos la place qu’il mérite, il est déjà temps de tourner les yeux vers la suite. Dans quelques mois m’attend le plus gros objectif sportif de ma vie. Un projet qui m’excite autant qu’il me fait peur. Pour l’instant, je préfère encore le garder pour moi. J’ai besoin de préserver certaines choses, de les construire dans l’ombre et de les laisser mûrir avant de les partager. Mais une chose est sûre : le rendez-vous approche.

D’ici là, il y aura du travail, beaucoup de travail. Il y aura des doutes, des remises en question, des heures d’entraînement et probablement quelques galères aussi. Mais l’envie est là. Plus présente que jamais.

Alors après les Dolomites, place à la suite de l’aventure.

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